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Le Secours Catholique dans ma paroisse (cliquez)

Le père Jean Rodhain (1900-1977), fondateur du Secours catholique : le théologien de la charité. (cliquez)

Jean Rodhain : la vocation du service

Lorrain d’origine, Jean Rodhain est issu d’une famille aimante et soudée. Sa vocation s’enracine très tôt dans une vie de prière. Son tempérament très actif le poussera rapidement à s’investir à fond dans le service des autres.

Jean Rodhain naît dans le pays vosgien le 29 janvier 1900. Ses parents s’étaient installés dans la ville de Remiremont, dont le souvenir ne quittera pas le futur fondateur du Secours catholique. Sa jeunesse se déroule paisiblement, entre des parents aimants mais austères et exigeants, et une jeune sœur qui sera plus tard bénédictine. Le garçon n’est pas un brillant élève, et révèle vite un tempérament fonceur et chahuteur. La Première Guerre mondiale vient troubler l’existence laborieuse de la famille et le jeune garçon se passionne pour les faits d’armes et les batailles. La maladie grave de sa mère (une laryngite tuberculeuse) assombrit la vie familiale et explique sa maturité précoce. À 18 ans, alors que l’armistice est signé, il annonce qu’il entre au séminaire. D’emblée c’est pour lui un engagement irréversible : le sacerdoce est pour lui un choix irréductible et entier, dont le socle est la prière, la lecture de la Bible... et la pratique de la charité. D’ailleurs il racontera plus tard qu’il aura été bien plus saisi par son ordination diaconale que par la sacerdotale, qui a lieu en 1924 : « J’ai été beaucoup plus impressionné par le diaconat que par le sacerdoce et la première messe. Cette imposition de l’étole de diacre m’a laissé une impression considérable. » Pas étonnant de le retrouver lors du concile Vatican II, participant aux travaux qui réhabilitent le diaconat permanent. Jean Rodhain prêtre reste avant tout un diacre. Il est fait pour servir.

Un vicaire turbulent
Ses débuts à Épinal sont symptomatiques de ce que sera sa vie. Jean Rodhain prêtre reste le jeune homme passionné, actif, et peu enclin à ménager sa hiérarchie. Il se dépense sans compter, va et vient, toujours disponible, débordant d’activités. Il s’implique à fond dans le catéchisme, les visites aux familles, le soin des malades. Il organise des spectacles de théâtre avec les jeunes qui l’entourent, développant ainsi ses grandes capacités de metteur en scène. Bref, il dérange et agace. Brutalement envoyé en pleine campagne, à Mandres, dans une paroisse totalement déchristianisée et très pauvre, il y fera merveille, et parviendra à restaurer une vie communautaire de grande qualité : « Il savait arriver à ses fins, à force de persuader, se souvient un paroissien. impossible de résister. il savait nous embarquer. D’ailleurs on l’aimait tellement qu’on ne pouvait faire autrement ! »

Ce sera durant ces années qu’il fait la connaissance de la JOCF (Jeunesse ouvrière chrétienne féminine) et en devient l’animateur pour le diocèse de Saint-Dié. Quelle bouffée d’air frais ! La JOC l’enthousiasme, il se lance à fond dans l’animation de sa section, prêchant aux jeunes ouvrières des filatures la charité et organisant des cours de cuisine, de comptabilité et de puériculture. « Voir pour juger et agir. » C’est là que prend forme ce qui deviendra la devise du Secours catholique.

Jean Rodhain et le Secours Catholique (cliquez)

En 1934, il est nommé aumônier JOCF de Paris-sud. Il a 34 ans. Quelle trajectoire !

Jean Rodhain : l’expérience de la guerre

Appelé sous les drapeaux, l’abbé Rodhain sort encore du rang : les horreurs de ces cinq années vont mobiliser toute son énergie et sa créativité. Une grande œuvre s’amorce !

Jean Rodhain en 1944, avec le personnel de l’aumônerie des prisonniers de guerre, rue du Cherche-Midi, à Paris. © Fondation Jean Rodhain

En 1930, l’ordre de mobilisation est lancé. Les années qui vont suivre seront pour l’abbé jociste une grande occasion de développer sa forte personnalité et son sens inné de l’organisation. Il rejoint d’abord comme simple soldat la ville d’Épinal où les troupes cantonnent et se morfondent. Il invente alors les « valises bibliothèques », premier signe de sa charité inventive et spontanée. Grâce à lui, les livres circulent et cassent l’ennui des soldats mobilisés dans les fronts de l’Est. En mars 1940, le voilà aumônier jociste chargé d’accompagner une division composée d’ouvriers et de mécaniciens de chez Renault. Il fera à leurs côtés l’expérience du feu, les accompagnant jusqu’au plus fort des combats. Fait prisonnier en Côte-d’Or, il découvre la pagaille des secours français. Il a alors l’idée, incroyable, de s’évader, avec l’autorisation du cardinal Suhard dont il a fait la connaissance récemment. Il peint en lettres blanches sur le pare-brise de la voiture militaire de sa division : « aumônier général des prisonniers de guerre », et passe sans encombre la porte de la prison. C’est l’armistice, la France est dans un état épouvantable et l’abbé Rodhain se lance dans l’aventure : soulager la souffrance des centaines de milliers de prisonniers français.

Un organisateur hors pair
Pendant toutes les années de guerre, Jean Rodhain peaufine donc son organisation et impose l’aumônerie des prisonniers de guerre. C’est une tâche immense, pour laquelle il embauche d’anciens jocistes. D’abord réservée aux prisonniers des camps français, son aide s’étend vite à ceux qui sont enfermés en Allemagne. Parmi eux, de nombreux prêtres et séminaristes déportés. Germe l’idée de leur faire parvenir des « valises chapelles ». C’est un projet audacieux, car il faut obtenir toutes les autorisations possibles et imaginables pour que ces chapelles portatives soient acceptées par les autorités allemandes. C’est un immense succès : en quatre ans, 3 000 autels portatifs auront été expédiés, des millions d’hosties, 160 000 litres de vin de messe, 800 000 missels et 835 000 évangiles ! Ce « diocèse des barbelés » a permis à des centaines de milliers de prisonniers de persévérer leur foi et de garder confiance dans la victoire.

Une réussite due à la force de conviction de l’abbé Rodhain, jamais en peine de trouver ce qui pouvait réconforter les prisonniers. En 1942 est mise en place la Journée nationale de prière pour les prisonniers et déportés qui deviendra après guerre et reste encore aujourd’hui la journée de prière et de quête du Secours catholique.

Un visiteur inattendu
En 1942, puis en 1943, l’abbé Rodhain obtient l’autorisation de se rendre dans les camps de prisonniers allemands. Des voyages épiques qui l’amèneront à visiter les stalags de Prusse orientale, puis de Silésie, puis de la Ruhr. Sa haute stature, sa maigreur impressionnante, son visage crispé et tendu par l’émotion, son air impénétrable laisseront un souvenir inoubliable aux prisonniers. Ces visites en inaugureront bien d’autres, à travers tous les camps de souffrance du monde entier auxquels il rendra visite durant sa longue vie.

Pour autant, l’acharnement de l’abbé Rodhain à garder le contact avec les prisonniers français n’aura pas raison de tous les obstacles. Et ce n’est qu’à leur libération qu’il découvre le drame des camps d’extermination, dont il connaissait l’existence mais pas la finalité. Et même s’il réussit à envoyer des colis à Mauthausen, Buchenwald, Ravensbrück, Dachau et Auschwitz, il ne pouvait imaginer ce qui s’y concevait.

En 1944, la libération est proche et Jean Rodhain n’a qu’une idée en tête : obtenir du Vatican d’être concrètement présent dans les opérations de rapatriement. Toujours soutenu par l’archevêque de Paris, il part pour Rome pour une entrevue avec Pie XII. L’autorisation est donnée et Jean Rodhain sera nommé par le général de Gaulle « aumônier des prisonniers et déportés » et chef de « l’aumônerie catholique aux armées ». Il crée alors, pour soutenir le moral des familles, une publication qui diffuse les courriers qui affluent des camps, par l’intermédiaire de l’aumônerie. Ce sera Message, qui fait entendre avant même leur libération la voix des prisonniers. Messages, qui existe toujours, aura un impact considérable.

La découverte abominable
En avril 1945, l’abbé Rodhain, après avoir mené des tractations épuisantes, met le cap sur l’Allemagne, avec 11 camions aux couleurs du Vatican et 300 tonnes de vivres. « Fonce et enfonce », l’aumônier militaire adopte la devise de son ancienne division. La charité est un combat !

Arrivé aux portes du camp de Buchenwald, seulement quelques heures après sa libération par l’armée américaine, il découvre l’horreur. « J’ai vu le spectacle bouleversant des abattoirs encore remplis, des cadavres non encore inhumés et des survivants dans l’état dans lequel on a pu les trouver : des squelettes vivants ! » racontera-t-il plus tard, ajoutant : « J’ai vu depuis des quantités de camps dans lesquels les gens mouraient de faim, soit au Biafra, soit à Calcutta. Mais ce que j’ai vu a Buchenwald ou Bergen Belsen, c’était une extermination voulue, préparée, méthodique. C’est ce que j’ai vu de plus abominable »

Jean Rodhain : le Secours catholique

8 mai 1945, la France sort de la Seconde Guerre mondiale meurtrie et ravagée. On compte environ 650 000 morts français. Les dégâts matériels sont d’une ampleur inédite. C’est dans ce contexte que, sous l’impulsion de Jean Rodhain, naît le Secours catholique.

Jean Rodhain en 1944.
Avant d’évoquer la création du Secours catholique, en 1946, comment passer sous silence le fameux et ardent pèlerinage du retour ? Jean Rodhain le voulait... il l’a organisé. 80 000 à 100 000 déportés se retrouvent à Lourdes en septembre 1946, venus par toutes les routes de France, souvent à pied, souvent couchés. Une expérience inoubliable, dont Lourdes garde encore aujourd’hui le souvenir grâce à la croix dressée dans l’enceinte de la Cité Saint-Pierre du Secours catholique. Ce pèlerinage marque le dernier acte de l’Aumônerie générale des prisonniers de guerre. Il inaugure le Secours catholique.

Plutôt que d’inviter les rapatriés à se rassembler dans une association d’anciens, Jean Rodhain les pousse à se tourner vers l’avenir et à bâtir la charité de demain. Et malgré le tempérament incontrôlable de l’abbé, qui les inquiète un peu, les cardinaux et archevêque français, à l’invitation pressante de Mgr Montini, futur Paul VI, acceptent la création du Secours catholique français. L’abbé Rodhain en sera le Secrétaire général et François Charles Roux le président.

Le feu de la charité
Jean Rodhain a 46 ans. Les années de guerre, les privations n’ont pas entamé son allant et son énergie. C’est un homme impénétrable, dont le silence, certains diront le mutisme, impressionne au plus haut point. « Une sorte d’indifférence au brouhaha se dégage de cet homme », dira un proche. Rien à voir avec un abbé Pierre dont il fera plus tard la connaissance. Jean Rodhain n’est pas d’un abord facile et pourtant, quel charisme ! Ceux qui ont travaillé avec lui ont tous souligné la forte adhésion qu’il dégageait, « sa façon de simplifier les problèmes, de les désosser, de les formuler et de leur trouver une solution », dira François Nourrissier, qui sera trois ans durant chargé des relations extérieures du Secours catholique. Et des solutions, il s’agit d’en trouver ! À la sortie de la guerre, la France est exsangue. La liste des besoins les plus pressants est longue : du sucre, du riz, des lainages, des chaussures, de la laine à tricoter, des confitures... On n’en finit pas. Dans un pays où la pénurie règne en maître, Jean Rodhain veut faire briller l’étincelle de l’Évangile et provoquer la solidarité : « Pourquoi le Secours catholique ? Pour allumer le feu de la charité. »

Une organisation qui roule encore !
Pour mettre en route son programme, fort de son expérience durant la guerre, Jean Rodhain s’appuie sur deux convictions : l’organisation d’un réseau de charité par diocèse et le lancement de « campagnes ». Et ça marche ! Dès 1947, une dizaine de diocèses sont à pied d’œuvre. La première « campagne pour les malades » est lancée. L’objectif est très concret : réaliser des colis qui viendront encourager les 400 000 malades en sanatorium. Le journal Messages, né durant la guerre, sert à mobiliser les donateurs et ça marche encore. Tout le fonctionnement du Secours catholique est mis en place, soutenu par l’âme d’un seul homme, qui jusqu’à sa mort nourrira l’action des bénévoles par sa foi et sa force de conviction.

Les 70 ans du Secours Catholique (cliquez)

Jean Rodhain : la pédagogie de la charité

Les années 1950 sont l’occasion d’un formidable essor du Secours catholique. Une période qui permet à Jean Rodhain de réfléchir au souffle qu’il entend donner au travail de chacun. Il élabore une véritable théologie de la charité.

« La charité n’est ni périmée ni anachronique. Certains ont pu le croire, un instant, devant les progrès du monde moderne. Mais la charité ne passe pas. Elle est en avant, en plein vent. Elle est une vivante, les cheveux au vent, œuvrant dans les courants d’air de la vie quotidienne, aux prises avec de multiples travaux d’intervention et de partage. On n’amasse point de poussière à ce régime. C’est un devoir pour la charité d’aujourd’hui de présenter un autre visage, un visage éveillé aux besoins de nouvelles pauvretés. Un visage dont le sourire soit capable de comprendre la famille du prisonnier comme celle de l’immigré. »

Le souffle de la charité
Pour Jean Rodhain, la charité ne s’apprend pas en dix leçons. C’est une énergie qui passe par un long travail d’apprentissage. Savoir écouter, entendre l’autre dans son besoin premier, regarder, prêter attention, et puis agir efficacement. La petite flamme de la charité peut alors briller et se développer. Explorer la charité, redonner à ce mot désuet ses lettres de noblesse sera le combat de sa vie.

Jean Rodhain, on l’a déjà dit, est un organisateur né. Mais pour lui, organiser, c’est agir. « Ce que les pauvres attendent, ce ne sont pas des explications, fussent-elles excellentes, mais des réalisations... La Charité s’enseigne en la pratiquant... ». « Il faut des actes modestes, patients, désintéressés, répétés, qui seuls sont capables de ronger en profondeur la citadelle de l’ignorance et de l’égoïsme », note Jean Colson, dans une biographie de Jean Rodhain. Certes « un colis ne résout pas tous les problèmes, mais il peut être la petite étoile qui illuminera un Noël sans joie ». Tout geste de générosité doit d’abord être un acte de reconnaissance de la dignité sacrée de toute personne qui est en difficulté.

La charité n’a pas de frontières
Dès 1946, l’abbé Rodhain a fait sortir le Secours catholique des frontières de la France. Il a su étendre sa solidarité au monde entier ; il a animé, interpellé, mobilisé les opinions publiques. Il l’a amené à agir dans toutes les catastrophes : Égypte, Vietnam, Algérie, Maroc, Biafra, Inde.

Il a le souci et le génie des actions sur tous les fronts des urgences du monde.

En décembre 1959, le barrage de Malpasset-Fréjus s’est rompu. Un énorme fleuve de boue emporte des centaines de personnes. Arrivé rapidement sur les lieux, Mgr Rodhain, devant ce terrible spectacle, observe, écoute, réfléchit. Il a toujours une intuition rapide. « Il faut, dit-il, apporter très vite des maisons préfabriquées ». Il faut reloger au plus vite, mais aussi redonner le goût de vivre. Très peu de temps après, des familles s’installent dans ces nouveaux logements ; elles y trouvent même serviettes de toilette, tableaux aux murs et bouquets de fleurs sur les tables.

Pauvreté en France : 4 minutes pour comprendre les chiffres-clés de notre rapport statistique 2018 (cliquez)

Pour le Père Rodhain, penser à tous, c’est penser à tout.


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31 décembre 2019 : réveillon solidaire

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Compte-rendu de la soirée du Réveillon Solidaire du 31 décembre 2019.
Merci à Françoise, Elisabeth et Cécile qui nous offrent ce reportage.

Soirée conviviale du Nouvel An (cliquez)