Tout ceci ne pourra se faire et être une belle messe communautaire que :
Si chacun fait suivre l’info autant qu’il le peut. Ne pas oublier les personnes seules ou agées qui ne peuvent peut-être pas remettre une photo mais qui peuvent vous dicter une prière, une demande, une intention par téléphone. Vous pourrez ainsi nous la faire suivre.
Que la situation sur le territoire ne se soit pas aggravée au point de devoir annuler au dernier moment.
Regardez cette rubrique regulièrement pour connaitre l’avancée du projet.


Le temps du Carême débute par le Mercredi des Cendres (26 février cette année) et se poursuit pendant 40 jours jusqu’au dimanche des Rameaux (5 avril).
C’est un temps liturgique, mais aussi une aventure, un « à-venir » où chacun se prépare au temps pascal, mort et résurrection de Jésus.


Pour les juniors, les activités pour le dimanche 22 mars en lien avec la liturgie de ce dimanche de Carême (cliquez et imprimez)


En cette période difficile, le Pape François nous invite à prier avec lui.

Messe du pape François à Sainte-Marthe en ce jour du 15 mars 2020 (cliquez)

Marie-Noëlle Thabut explique le Carême A (cliquez)

10 Résolutions de Carême (cliquez)

C’est quoi la confession ? (cliquez)


Si vous souhaitez en savoir plus sur l’association SIMON de CYRENE (cliquez).
Rendez-vous nombreux au relais de Nueil sur Layon .....


Méditation sur des paroles de Jacques Hamel, extraite de la soirée de la Parole organisé le mercredi 11 mars 2020 à Cléré.

Méditation sur des paroles du Père Jacques Hamel "Serviteur de Dieu" (cliquez)

Pour le Carême 2020 du 26 février au 12 avril 2020, découvrons six grandes figures de charité, aux profils et aux parcours très différents :

♦ Du 26 février au 3 mars : Sœur Emmanuelle (1908-2008) : une femme au caractère bien trempé au service des laissés pour compte.

Soeur Emmanuelle (cliquez)

« Le luxe, c’est un ver qui ronge le cœur de l’homme. » Emmanuelle mettra du temps à prendre la mesure de sa vocation profonde. À 62 ans, elle obtient enfin l’autorisation de prendre son envol.

La révolte au nom des pauvres

En 1957, Emmanuelle est enfin envoyée… ailleurs ! Elle part pour Kasnadar, près de Tunis. C’est un petit collège, avec un joli jardin et des élèves plus disciplinées. Notre sœur revit. Mais déjà s’agite et rouspète. Elle s’indigne de voir le chauffeur de la communauté des sœurs habiter une belle maison alors que les domestiques tunisiens s’entassent dans de pauvres masures. Et la réponse de sa supérieure : « Mais ma sœur, c’est comme ça en Tunisie » n’est pas faite pour la calmer ! L’injustice faite aux pauvres, c’est trop pour elle ! Revenue à Istanbul pour s’occuper à nouveau de la petite école des pauvres, elle est envoyée en 1963 à… Alexandrie ! Quelle aventure encore ! Surtout que le concile Vatican II fait passer une grande bouffée d’air frais dans l’Église et dans sa congrégation.

Le choc de la misère
À Alexandrie, la voici chargée d’ouvrir à l’esprit de partage de jeunes et riches Égyptiennes. Sur le conseil de sa supérieure, elle commence donc l’année scolaire par un voyage en train : visiter avec ses élèves les pyramides semble un bon moyen de créer des liens ! Mais en fait de pyramides, ce sont surtout les hordes d’enfants sales et misérables qui les assaillent à chaque arrêt qui sont comme un électrochoc. « Ce jour-là, qui aurait dû être le jour de la découverte des pyramides de Gizeh, a été pour moi celui de la découverte du tiers-monde et cela a été un véritable choc. Un choc d’autant plus violent que je me suis rendu compte qu’on peut très bien vivre dans le tiers-monde, comme je l’avais fait, sans avoir la moindre idée de ce qu’est la vraie misère, la vraie pauvreté. C’est là que je me suis révoltée et que j’ai failli quitter la congrégation. » Cela n’arriva pas ! Mais Emmanuelle dut batailler pour changer d’affectation et rejoindre en 1965 la petite école pour les pauvres de sa congrégation. Tout bascule alors.

Le bonheur dans le dépouillement
Les besoins des pauvres lui sautent au visage, ainsi que le devoir de partager. Elle expliquera par la suite ce qu’elle entend par « partager ». Partager, ce n’est pas se défaire de tout, mais c’est réduire son train de vie, faire un chèque substantiel de temps en temps, construire un hôpital pour les pauvres. « Le luxe, c’est un ver qui ronge le cœur de l’homme. Et j’ai découvert moi-même que le fait d’avoir renoncé aux choses inutiles rend tout bonnement heureux. »

Ce que sœur Emmanuelle essaiera de faire passer ensuite comme message, c’est que le péché du monde occidental, c’est de ne se préoccuper que du centre et d’ignorer les « périphéries », termes qu’elle employait déjà, 25 ans avant le pape François ! Et même si Vatican II a fait évoluer les congrégations missionnaires, elle dénonce celles qui, encore, ne sont présentes que dans les grandes villes, au milieu des plus riches.

Jusqu’à sa retraite, qu’elle prend en 1970, Emmanuelle ne cesse d’écrire à ses supérieures : « Mais quand allez-vous m’envoyer auprès des plus pauvres ? » Il lui faudra une belle obstination pour avoir le droit enfin, à 62 ans, de refuser de rentrer en France pour pouvoir s’installer chez les chiffonniers du Caire. Une nouvelle aventure commence !

♦ Du 4 au 10 mars : le père Joseph Wresinski (1917-1988), fondateur d’ATD Quart Monde : une vie de combat contre la détresse et la pauvreté

Le P. Joseph Wresinski est un de ces prêtres qui ont ouvert des voies nouvelles dans la manière de vivre le ministère sacerdotal. Son originalité est peut-être d’avoir assumé tout son passé dans son ministère. La pauvreté de son enfance lui fait comprendre la misère des hommes et femmes de son temps.

Ordonné prêtre en 1946 pour le diocèse de Soissons, le P. Wresinski exerce son ministère dans des paroisses ouvrières et rurales pendant une dizaine d’années. Il n’a de cesse de rechercher les plus pauvres de ses paroisses pour leur parler de l’Évangile et trouver des solutions concrètes pour les extirper de leur dénuement.

Joseph Wresinski en guerre contre la misère (cliquez)

Pauvre avec les plus pauvres
Lui qui a grandi dans la misère et dans le souvenir du courage de sa mère, il craint d’être infidèle non pas tant à l’Évangile qu’aux pauvres, les bien-aimés de Dieu. Il se fait ouvrier dans les mines pour, comme d’autres prêtres ouvriers à l’époque, partager la vie des plus nécessiteux. Il y contracte la tuberculose. Une fois rétabli, il demande à être nommé en 1956 au bidonville de Noisy-le-Grand.

Sagesse d’un pauvre
Il comprend dans ce camp que rien de ce qu’il a vécu jusque-là n’est étranger à son nouveau ministère. Il va dès lors apporter dans son sacerdoce toute son histoire dont il ne renie rien. Elle sera, avec l’Évangile – peut-être même plus encore – le socle de sa spiritualité : « Il fallait bien que je parte d’où j’étais né, avec l’expérience et le regard que m’avait donné la misère », écrit-il. En venant à Noisy-le-Grand, il n’est pas question pour lui de convertir qui que ce soit. Il envisage son ministère comme une lutte contre la misère sous toutes ses formes. Un match à gagner en ralliant toutes les bonnes volontés, au-delà de toute appartenance de religions ou de nationalités : « Car si la misère existe c’est parce que nous, les hommes, nous acceptons qu’elle existe. ». Il faut donc la combattre main dans la main. Et à la question « Vous croyez, vous, que la misère peut disparaître ? » le P. Joseph répond : « Ah, je suis sûr ! »

Nouveau regard
Pour mener ce combat, il invite tous ceux qui le lisent et l’écoutent à changer de regard sur les pauvres : « Si on commençait déjà nous-mêmes par changer notre regard sur les pauvres et changer un peu nos priorités dans nos vies. » Le changement de regard commence par une victoire sur la peur que suscite le pauvre : « On a peur, on a peur des pauvres, disait-il. Les pauvres qui sont à notre porte peuvent nous parler de la liberté avec beaucoup plus d’intensité, j’allais dire presque de vérité. Mais on ne les entend pas parce que, au point de départ, on a peur, on a peur d’eux, on croit qu’ils portent la haine alors qu’ils ne portent que du désespoir. » Toute sa vie, le P. Joseph cherchera à ne pas oublier les plus pauvres, à atteindre les plus abandonnés, il sera hanté par la recherche des plus exclus : « S’il y a une institution qui devrait être faite pour les pauvres, et qui devrait être bâtie pour les pauvres et qui devrait faire fi du reste, et qui devrait s’occuper exclusivement des pauvres, c’est tout de même bien l’Église. »

Geneviève et Joseph, le tandem improbable

Geneviève De Gaulle et Joseph Wresinski pour les 30 ans de ATQ Quart Monde.(17 octobre 1987)

Geneviève de Gaulle. « Elle arrivait à pousser les portes alors que l’on faisait attendre le curé dans le couloir », résume Véronique Davienne qui l’a côtoyée dans les années 90. « S’ils étaient très différents, tous les deux étaient de la même trempe : ils ne lâchaient pas », complète Didier Robert, d’ATD Quart Monde.

Geneviève de Gaulle raconte .... (cliquez)

« Au mal absolu, on ne peut répondre que par la fraternité. » Cette phrase que lui dit un jour André Malraux, Geneviève de Gaulle Anthonioz (1920-2002) la confiait à ceux qui voulaient savoir comment elle avait survécu à l’horreur des camps de concentration nazis. Dans cet univers où tout vous pousse à la haine, elle avait connu l’avilissement de l’être humain mais aussi sa grandeur, comme en témoigne cette prière rédigée avec ses sœurs de captivité à Ravensbrück en 1944. « Seigneur qui êtes au milieu de nous, veuillez ne pas nous délivrer de la misère tant que nos frères seront malheureux. (…) Donnez-nous la force de lutter ensemble pour défendre nos vies et nos âmes. » La foi en l’homme est le fil rouge de sa vie : « J’ai été élevée avec cette idée que tout être humain est une richesse ». Ainsi en 1940, lorsqu’elle décide à 20 ans d’entrer dans la résistance, ce n’est pas pour suivre son illustre oncle Charles mais parce qu’elle a lu Mein Kampf et sait que les nazis menacent la dignité de ses frères. Arrêtée en juillet 43, elle est déportée au camp de Ravensbrück. La fraternité qui l’unit aux survivantes ne se démentira jamais. Ensemble, elles créent une association pour aider celles qui sont en difficultés. Puis c’est le retour à la douceur de la vie et son mariage avec Bernard Anthonioz en 1946. Cet ancien résistant souhaite ouvrir l’accès de l’art et de la culture à tous. Elle entre avec lui au cabinet d’André Malraux pour élaborer le futur ministère de la Culture.
Mais un soir d’hiver 1958, elle rencontre Joseph Wresinski, aumônier du « camp des sans-logis » de Noisy-le-Grand, qui l’invite aux portes de Paris. Et cela réveille un insupportable souvenir : « Il y avait dans le regard des gens la même absence, le même vide, la même désespérance que dans les yeux des déportés (…) » Par fidélité à cette fraternité forgée dans la souffrance et à qui elle doit sa survie, elle quitte Malraux et s’engage à défendre ces familles aux côtés du P. Wresinski qui vient de fonder le mouvement ATD Aide à toute détresse Quart Monde. Tout en assurant une présence fraternelle auprès des familles de Noisy, elle milite auprès des politiques pour l’intégration des plus pauvres dans la société. Au prix d’un long combat, elle parvient à faire voter en 1998 la loi contre l’exclusion. Mais pour cette militante infatigable : « Il y a urgence à défendre la fraternité à toutes les époques ». Son fameux « refuser l’inacceptable » est toujours d’actualité.

ATD Quart Monde, l’œuvre majeure du P. Wresinski

Bouleversé par la vie des quelque 252 familles qui s’entassent dans le bidonville de Noisy-le-Grand, Joseph Wresinski se fait la promesse « de faire monter à ces familles les marches de l’Élysée, du Vatican, de l’ONU… ». Promesse tenue avec son association : ATD Quart-Monde !

La misère, voilà l’ennemie !
Geneviève Anthonioz-de Gaulle : refuser l’inacceptable de son vivant !

C’est en 1957, une année après son arrivée au camp de Noisy-le-Grand que Joseph Wresinki crée l’association « Aide à toute détresse ». Geneviève de Gaulle Anthonioz (la nièce de Charles de Gaulle) le rejoint et est nommée à la présidence de l’association en 1964. En 1968, le P. Wresinski a l’idée de créer le concept de « quart-monde », en référence au « quatrième ordre », celui des « pauvres journaliers, des infirmes, des indigents », qui tenta de se faire représenter aux états généraux de 1789. Il associe son expression au nom de son association. ATD Quart Monde est née ! Au cœur des bouleversements de mai 1968, il invite les étudiants à se mobiliser pour apporter la culture aux plus pauvres et partager leurs connaissances. Avec eux, il crée les premières bibliothèques de rue que soutient et accompagne toujours l’association. Présente dans beaucoup de pays riches, c’est en 1979 qu’ATD Quart Monde commence à s’implanter dans des pays du tiers-monde, au Guatemala et en Thaïlande… En 1982, pour le vingt-cinquième anniversaire de l’association qui se veut désormais un mouvement, les participants à un rassemblement à Bruxelles lancent une pétition demandant aux Nations unies de reconnaître la misère comme une violation des droits de l’homme.

Entrée en politique
Cette pétition propulse ATD Quart Monde dans un combat public pour que la lutte contre la misère s’inscrive dans les lois. Cet investissement en politique conduit ATD Quart Monde à expérimenter à Rennes le « complément local de ressources », qui deviendra en 1988 le RMI (revenu minimum d’insertion), devenu le RSA (revenu de solidarité active) en 2009. 1987 marque une année décisive dans la reconnaissance de l’action du mouvement. Le Conseil économique et social vote le rapport « Grande pauvreté et précarité économique et sociale ». Ce rapport assure que « la misère est une violation des droits de l’homme, qu’il faut mener avec les pauvres une action globale pour détruire la misère ». Quelques mois avant la mort du P. Wresinsky (14 février 1988), le 17 octobre, ATD Quart Monde organise à Paris le premier rassemblement des défenseurs des droits de l’homme. Au Trocadéro, une dalle est inaugurée en l’honneur des victimes de la misère.

L’action continue
Les Nations unies reconnaîtront en 1992 la Journée mondiale du refus de la misère. Après la mort de son fondateur, l’action d’ATD Quart Monde a contribué à la création de lois en faveur des plus pauvres. Ainsi, le 29 juillet 1998, est voté un projet de loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions. En 2003, le Conseil économique et social français vote, à la quasi-unanimité, l’avis « L’accès de tous aux droits de tous, par la mobilisation de tous », incitant syndicats et entreprises à prendre des initiatives contre l’exclusion sociale. En 2016 est votée la loi contre le chômage de longue durée. Cette loi est résultat d’un travail entrepris par ATD Quart Monde, la FNARS (Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale), le Secours catholique, Emmaüs et le Pacte civique. Le principe est de réaffecter les coûts dus à la privation durable d’emploi pour aider à financer de manière pérenne des emplois socialement utiles et non concurrentiels avec ceux existants. ATD Quart Monde, d’inspiration chrétienne, se veut laïque pour agir très concrètement et peser de toutes ses forces pour un projet de société qui, s’il ne dit pas son nom, est sans conteste d’inspiration évangélique.

ATD Quart Monde c’est quoi ? (cliquez)

La Journée du refus de la misère, l’appel du P. Wresinski

Réagir
À l’initiative du P. Joseph Wresinski, 100 000 personnes s’étaient rassemblées sur le parvis du Trocadéro à Paris le 17 octobre 1987, en solidarité avec les victimes de la faim, de la violence et de l’ignorance et pour dire leur refus de la misère. Depuis, le 17 octobre est la « Journée mondiale du refus de la misère ».

Plaque commémorative posée le 17 octobre 1987 sur le Parvis des droits de l’homme et des libertés Place du Trocadéro, à Paris.
Plaque commémorative posée le 17 octobre 1987 sur le Parvis des droits de l’homme et des libertés Place du Trocadéro, à Paris. D. R.

Refuser la misère

À l’occasion du rassemblement du 17 octobre 1987 a été inaugurée une plaque commémorative sur la place du Trocadéro à Paris. Y est inscrit le fruit du combat de toute la vie du P. Joseph Wresinski. Comme tant et tant de touristes, visiteurs et militants, arrêtons-nous quelques instants sur ce texte et méditons le message du fondateur du mouvement ATD Quart Monde.

« Le 17 octobre 1987, des défenseurs des droits de l’homme et du citoyen de tous pays se sont rassemblés sur ce parvis. Ils ont rendu hommage aux victimes de la faim, de l’ignorance et de la violence. Ils ont affirmé leur conviction que la misère n’est pas fatale. Ils ont proclamé leur solidarité avec ceux qui luttent à travers le monde pour la détruire. Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. »

Depuis, chaque 17 octobre, la Journée mondiale du refus de la misère est l’occasion de rassemblements dans le monde entier. Cette date a été proclamée Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté par l’Assemblée générale des Nations unies en 1992.

Rencontre avec Joseph Wresinski (cliquez)

Le P. Joseph Wresinski était convaincu que les plus pauvres doivent avoir accès à la beauté, à l’art, au savoir… Un jour il a demandé au chanteur Laurent Voulzy de composer une chanson qui mettrait à l’honneur le combat de sa vie : la lutte contre la misère. Histoire d’une chanson-hommage par son auteur, compositeur et interprète.

Un hommage inattendu pour le P. Wresinski
« Ma chanson Jésus était à l’origine une commande du P. Joseph Wresinski. Il voulait que j’écrive une chanson pour les gens dans la misère. Moi, je ne voulais pas. Je ne me sentais pas l’âme d’un porte-drapeau. Il a insisté, en me tenant la main : faites une chanson pour les gens dans la misère ! Au bout de trois semaines, il m’adressait une lettre, à laquelle je n’ai pas répondu. Un an après, j’ai appris sa mort par la télévision.

Un projet
Des années plus tard, Alain (Souchon, NDLR) et moi nous sommes retrouvés à nouveau afin d’écrire pour mon album Avril. Alain m’a demandé : as-tu une idée de chanson ? Cette commande m’est revenue. Nous avons attaqué la musique, Alain s’est mis à écrire. Après le premier couplet, vers 2 heures du matin, j’ai pris la guitare, nous avons chanté et j’ai réellement senti de la glace sur moi et les larmes aux yeux. J’ai pris cela comme un rien, peut-être. Ou comme un signe. Comme si le P. Wresinski, dix ans après, me disait : ah quand même, vous vous y mettez ! Cette représentation de la foi comme une persévérance, pleine d’humour et de belle lumière, fait partie de mes prières. Elle donne une raison de croire, pour se sentir dans la joie chaque jour, même quand l’époque n’y incite pas. Saint Augustin, que j’ai lu, dit que l’on peut tout faire sur terre dès lors que c’est commandé par l’amour.

Des fruits ?
C’est magnifique ! Pour l’heure, je cherche, je prie chaque jour, je vais dans les églises. Et je regarde la diversité des visages, je reste assis devant un paysage, je vois la méchanceté chez certains… Surgissent alors les questions. Mais pourquoi ? Ma foi est faite de questions. Comme ma chanson Jésus. Dieu est dans la somme de tous les visages, dans toutes les questions que je me pose. Et dans la recherche de réponses… »

Laurent voulzy chante "JESUS" (cliquez)

♦ Du 11 au 17 mars : Madeleine Delbrêl (1904-19) : une missionnaire aux frontières de l’Église

Madeleine Delbrêl : éblouie par Dieu à 20 ans

Connue pour son engagement social à Ivry-sur-Seine, ville communiste, au début du XXe siècle, Madeleine Delbrêl est une figure moderne de laïque. Dans sa jeunesse, elle a expérimenté l’athéisme et le retour à la foi.

Madeleine Delbrêl : éblouie par Dieu à 20 ans
Madeleine Delbrêl naît en 1904 à Mussidan en Dordogne. Sa mère, Lucile Junière, est issue d’une famille de la petite bourgeoisie de province qui tient une fabrique de cierges. Son père, Jules, vient d’une famille de propriétaires déchus à la suite de l’internement psychiatrique de l’arrière-grand-père de Madeleine. Autodidacte, Jules Delbrêl cultive un goût pour la littérature, la philosophie et la poésie. Il travaille dans les chemins de fer où il effectue une belle carrière jusqu’à terminer chef des gares parisiennes de la ligne de Sceaux à Denfert-Rochereau. Fille unique, Madeleine grandit très aimée par ses parents. Bien qu’ils ne soient pas de fervents chrétiens, l’enfant suit le catéchisme et fait sa première communion. Mais ces germes de foi sont balayés à l’adolescence quand son père l’introduit dans un cercle littéraire et philosophique parisien animé par le docteur Armaingaud, un Bordelais libre penseur. À 15 ans, Madeleine perd la foi.

Dans le cercle du docteur Armaingaud, la jeune fille, sensible et à l’intelligence vive, fait néanmoins la connaissance de jeunes chrétiens dont Jean Maydieu, élève de l’École Centrale, croyant, intelligent et aimant la vie. Madeleine en tombe amoureuse. Jean partage semble-t-il les mêmes sentiments. Dans leur entourage, on les pense engagés l’un envers l’autre, quand le jeune homme disparaît brusquement. Après son service militaire, il entre au noviciat chez les Dominicains. Madeleine ne le revoit pas. Cette rupture est pour elle un traumatisme dont elle se remet difficilement.

Portrait Madeleine Delbrêl, femme d’aujourd’hui - Reportage France 3 Île-de-France (cliquez)

Depuis quelque temps, Madeleine est travaillée par la question de la foi. Le départ de Jean Maydieu attise cette question. Elle entame d’abord une recherche intellectuelle et peu à peu commence à penser que l’hypothèse de Dieu est possible. Pour ne pas en rester à l’intelligence, elle décide de prier et se met à genoux. Le possible devient réel : « J’ai cru que Dieu me trouvait », écrit-elle plus tard. Le 29 mars 1924, Madeleine se convertit à l’âge de 20 ans. Pour elle, c’est l’éblouissement, l’entrée dans une vie nouvelle. Avant sa conversion, la mort jetait un voile de tristesse et de dérision sur toute chose - « Dieu est mort, vive la mort », écrivait-elle à 17 ans pour exprimer son athéisme. Désormais, la mort n’est plus pour elle la fin de tout, mais une ouverture, un passage. « J’avais été et je suis restée éblouie par Dieu », confie-t-elle encore lors d’une conférence à des étudiants, quelques semaines avant sa mort en 1964.

♦ Du 17 mars au 24 mars : l’abbé Pierre (-) : une vie de combat pour les délaissés enracinée dans une vie spirituelle intense

L’abbé Pierre : grandeurs et misères de la vie monastique

Pendant sept ans, le jeune Henri expérimente la vie monacale. Cloîtré, sans véritable formation intellectuelle, il mène une vie rude, austère, que sa santé peine à supporter. Mais il y découvre le pouvoir de l’adoration...

Henri Grouès, le futur abbé Pierre, jeune homme.
C’est décidé. À 19 ans, Henri Grouès entre chez les capucins, un ordre de la famille franciscaine. Le voici au noviciat, crâne rasé, sandales et robe de bure. Une vie cloîtrée, de pauvreté matérielle, à dormir dans le froid tout habillé sur une planche de bois. Une vie peu nourrie intellectuellement, consacrée à la prière et à l’adoration qui occupent six heures de la journée (et de la nuit)… À l’époque, dans la province de Lyon, les capucins sont peu nombreux, et Henri est le seul novice. Il a pour compagnon frère Firmin, avec qui il doit vivre « coude à coude », un moine plus âgé que lui, issu d’un milieu ouvrier. Il a connu, lui, la pauvreté, celle que l’on subit et non celle que l’on choisit. Henri, frère Philippe de son nom de religieux, a une vision encore très idéaliste, romantique comme il l’avouera plus tard, de la pauvreté, et le « gosse de riche » exaspère vite son compagnon. L’année de noviciat, donc, est difficile. Pourtant, il en restera toute sa vie marqué par les temps d’adoration qu’il y a connus. À la fin de l’année, il écrit sur un ex-voto qu’il laissera au noviciat : « O Ens, etiam esto » (Ô Toi qui es, sois), ce qu’il commente ainsi : « l’expression vraie de ce que j’avais vécu » (1).

Après le noviciat, frère Philippe rejoint le couvent des études, à Crest, dans la Drôme, et frère Firmin qui l’y a précédé. Mais ses professeurs ne sont pas de grands théologiens, et l’accès à la bibliothèque est interdit. On rabâche toute l’année un seul livre de méditations sur la Passion. Frère Philippe vit dans cette pauvreté intellectuelle pendant sept ans, et en souffre. Mais il en retire une richesse spirituelle qui le nourrira toute sa vie. Surtout, il aura compris que ce qui l’avait porté au choix d’une pauvreté matérielle si radicale n’était, outre le romantisme naïf du « gosse de riche », qu’une forme d’orgueil dont, au bout de sept ans, il a fini par se débarrasser.

Car, à l’instar de frère Firmin, son corps, lui aussi, proteste. De constitution fragile, frère Philippe a du mal à supporter les rigueurs de la vie capucine. Les jeûnes et les levers nocturnes lui minent la santé. Il passe son temps à l’infirmerie. Son supérieur lui-même lui suggérera, après son ordination en 1938, de renoncer à la vie cloîtrée pour devenir prêtre séculier. Le médecin ayant recommandé l’air de la montagne, c’est le diocèse de Grenoble qui accueille l’ex-frère Philippe en avril 1939. Mais cinq mois plus tard, la guerre est déclarée. De nouveaux combats s’annoncent.
(1) Abbé Pierre, Bernard Kouchner, Dieu et les hommes, Robert Laffont

L'abbé Pierre - L'insurrection de la bonté (1989) (cliquez)
Ecoute ô mon âme (cliquer)

Ce chant est interprèté par La Jeunesse Fransciscaine de Bitche.
La Jeunesse Franciscaine de Bitche fait partie d’un mouvement international au sein de la famille franciscaine, rattachée à l’Ordre Franciscain Séculier et regroupe des jeunes de 16 à 30 ans désireux de vivre la spiritualité de saint François d’Assise. Leur marque de fabrique est le chant a cappella qu’ils interprètent avec une joie toute franciscaine. La diversité des jeunes compositeurs contribue à offrir aux musiques une grande variété de styles et de timbres, avec des accents allant du classique au jazz.

L’abbé Pierre : prêtre, résistant, hors-la-loi

Pendant l’occupation, pour aider le maquis du Vercors, « l’abbé Pierre », l’un de ses noms de résistant, mène une vie clandestine fort agitée : il devient faussaire, fait passer en Suisse des juifs et des résistants, est arrêté, s’évade... Rien ne lui fait peur !
1er septembre 1939. Depuis cinq mois, le P. Henri Grouès est prêtre du diocèse de Grenoble. Sous-officier, il est mobilisé et part pour l’Alsace. Mais la maladie, une méchante pleurésie, le ramène à l’hôpital. À la débâcle de 1940, il est à peine convalescent. L’évêque de Grenoble l’envoie en montagne comme aumônier d’hôpital. Quelque temps plus tard, de retour à Grenoble, il est nommé vicaire à la cathédrale.

Une nuit de l’été 1942, deux hommes éplorés frappent à sa porte. En leur absence, la police vient d’arrêter et d’emmener leurs femmes et leurs enfants. Avertis par leurs voisins, les deux hommes sont en fuite. Pour cacher ces deux Juifs, le P. Grouès s’adresse aux religieuses des Dames de Sion. Après tout, les relations avec le judaïsme sont leur vocation. Mais voilà, ces dames ont déjà beaucoup trop de monde. Que faire ? Pendant que la vieille supérieure lui trouve de quoi fabriquer des faux papiers, une jeune religieuse lui apprend à imiter la signature du commissaire de police. En échange, il fera passer en Suisse, avec ses deux Juifs, quelques-uns de leurs protégés. C’est ainsi que, début août, le P. Grouès passe la frontière avec douze fugitifs. Ce ne sera que le premier de nombreux autres voyages. Il fait passer en Suisse des Juifs, des réfractaires du STO, et même Jacques de Gaulle, le frère du général, gravement handicapé.

En 1943, un de ses anciens amis scouts de Lyon lui demande son aide pour installer un camp de clandestins, réfractaires au STO. Ce sera l’un des tout premiers maquis qui vont s’organiser dans le Vercors, à Malleval notamment. Grouès fait la liaison entre les groupes, apaise les conflits inévitables entre des hommes qui diffèrent radicalement par leurs origines, leur milieux sociaux, leurs opinions politiques. Il encourage et ravitaille, se prétendant malade à Grenoble pour pouvoir s’échapper trois jours en montagne, avec la complicité de son curé. C’est à cette époque que le P. de Lubac, qui fut son directeur spirituel, le met en contact avec une certaine Lucie Coutaz, qui renseigne la résistance tout en travaillant pour un partisan du régime de Vichy. Elle restera son assistante jusqu’à la fin de sa vie.

Hélas, fin 1943, il est dénoncé. Commence une vie de cache-cache qui va durer des mois. Le maquis de Malleval est découvert et anéanti par les Allemands fin janvier 1944. Ceux-ci traquent sans relâche les résistants, et parmi eux celui qu’ils connaissent désormais sous le nom de « l’abbé Pierre ». Nombre de ses amis sont arrêtés et torturés. Il accepte pourtant de faire passer des fuyards en Espagne. C’est au cours d’une de ces missions qu’il est arrêté. Mais il s’évade et gagne l’ambassade de la France libre à Madrid. De là, il s’envole clandestinement dans un avion américain vers Alger, et rejoint le général de Gaulle. À la libération, l’abbé Pierre est l’aumônier du Jean Bart, un cuirassé de la Marine en poste à Casablanca. Une autre guerre va bientôt commencer.

Abbé Pierre, Jacques Chancel - Radioscopie France Inter - Ina (cliquez)

L’abbé Pierre, de l’Assemblée nationale à Emmaüs

À la fin de la guerre, l’abbé Pierre est sollicité pour se présenter comme député. Élu, il se démènera pendant cinq ans pour les plus démunis. Parallèlement, il achète une maison qu’il retape pour en faire une auberge de jeunesse. Mais peu à peu, ce sont les pauvres et non plus les jeunes qui viendront frapper à sa porte...

La guerre vient de finir. La France est dévastée. On manque de tout, les prix s’envolent, un tiers des Français sont mal logés ou à la rue. L’abbé Pierre fait partie des rares qui s’en soucient. Pour être la voix des miséreux, il accepte de se présenter aux élections à l’assemblée constituante d’octobre 1945, au nom du tout nouveau Mouvement républicain populaire (MRP), issu de la résistance chrétienne. Parachuté par le parti en Meurthe-et-Moselle, il se lance dans le combat, parle de justice, de vraies priorités, d’humanité. Lui qui vient de voter pour la première fois de sa vie, le soir du 21 octobre, à 34 ans, le voilà député ! Il va le rester cinq ans. À sa permanence de Nancy, il reçoit tous ceux qui viennent demander de l’aide. À Paris, il se démène, rencontre ministres et journalistes, soutient des projets, propose des lois, plaide pour les pauvres. « “Servir premiers les plus souffrants”, c’était ma seule intelligence politique » (1), dira-t-il plus tard.

En 1949, on le chasse de son appartement parisien. Il faut dire que les voisins n’en peuvent plus d’entendre l’abbé fabriquer en pleine nuit ses meubles « Louis caisse » à grands coups de marteau. Il se met donc en quête d’un nouveau logement, accompagné de sa secrétaire, Lucie Coutaz. Et trouve à Neuilly-Plaisance une vieille et grande maison délabrée, sur un terrain de 5 000 m². Il l’achète, il la retape, il en fait une auberge internationale de jeunesse qu’il baptise « Emmaüs ». Il est alors président de l’exécutif du Mouvement fédéraliste mondial, ce qui l’amène à rencontrer de nombreux jeunes de tous pays, qui viendront passer leurs vacances et se retrouver à Neuilly-Plaisance. L’abbé Pierre a senti que ces jeunes de 20 ans sont perdus. Ces Français, Italiens, Anglais, Allemands ont vu leurs aînés s’entretuer. Après la guerre, dans des pays dévastés, on découvre les camps de concentration et l’horreur de la bombe atomique. Les jeunes sont en pleine désillusion. Tout comme les disciples d’Emmaüs après la mort du Christ. Alors qu’ils sont en fuite, Jésus ressuscité les rejoint et leur explique que pour le salut des hommes, il fallait qu’il meure sur la croix. Il leur ouvre les yeux. L’abbé, lui, explique à ces jeunes que le chemin de la vie, c’est la « désillusion enthousiaste », qu’il faut ouvrir les yeux pour que vienne l’enthousiasme, et que « l’enthousiasme », en grec, c’est faire un en Dieu… (2)

Un jour, alors que la maison est pleine, une famille frappe à la porte. Elle vient d’être expulsée. Pour lui faire de la place, l’abbé Pierre monte au grenier sa chapelle et le saint-sacrement. À ceux que cela scandalise, il rétorque : « Ce n’est pas dans l’hostie consacrée que Dieu a froid, c’est dans les mains et les pieds de cette mère et de ses enfants. » Emmaüs vient de se trouver une nouvelle vocation…

Les Chiffonniers D’emmaus film (cliquez)

L’abbé Pierre et les chiffonniers

Une communauté de mendiants et de vagabonds se forme à Emmaüs. L’un d’entre eux suggère, pour la faire vivre, de récupérer et de recycler ce que jettent les riches. Les chiffonniers d’Emmaüs sont nés. Et voici que se lève le glacial hiver 1954...

En octobre 1949, on signale à l’abbé Pierre le cas de Georges. De retour en métropole après vingt ans pour meurtre au bagne de Cayenne, Georges se retrouve sans argent, sans amis, sans famille, et vient de faire une tentative de suicide. L’abbé va le voir et lui déclare : « Je n’ai rien à te donner, j’ai abandonné ma part d’héritage et je suis criblé de dettes. Mais toi, tu peux m’aider. Aide-moi à en aider d’autres. » Georges s’installe à Emmaüs, bientôt rejoint par toutes sortes de vagabonds, de mendiants, de fugueurs. La communauté, 18 personnes en 1950, vit du salaire de député de l’abbé et de celui de Lucie Coutaz, qui travaille à mi-temps à l’extérieur, ainsi que de quelques dons.

Mais en juin 1951, l’abbé Pierre a quitté le MRP, et n’est pas réélu à l’Assemblée. Il perd son salaire. L’argent fait gravement défaut, et le voilà qui mendie en cachette dans les rues, alors que la mendicité est proscrite à Emmaüs ! L’ayant appris, les compagnons lui proposent une solution, la biffe : récupérer et recycler des objets au rebut. Et ça marche ! « Vous tous qui avez plus qu’il ne faut, regardez ce que nous, les pauvres, sommes capables de faire avec vos ordures, avec votre gaspillage. Que ne ferions-nous pas si vous vous y mettiez ? », s’écriera plus tard l’abbé Pierre. Dès 1952, ils sont quelque150 compagnons à vivre, et à aider 600 familles à vivre. L’abbé achète des terrains et construit des logements d’urgence, sans même attendre de permis de construire. « Ne vaut-il pas mieux voir vivre illégalement que voir mourir légalement ? », dira-t-il à ceux qui s’en offusquent. Il participe au jeu radiophonique Quitte ou double : il y gagne 256 000 francs et un début de notoriété.

L’année 1954 connaît un hiver glacial. Malgré le froid, des milliers de pauvres gens, ne pouvant payer leur loyer, continuent d’être expulsés. L’abbé écrit au ministre du logement, alerte la presse et distribue des boissons chaudes avec les chiffonniers dans les rues de Paris. Le 1er février, une femme meurt de froid sur un trottoir, serrant contre elle son avis d’expulsion. On vient d’enterrer un bébé de trois mois… C’en est trop. À l’antenne de Radio Luxembourg, avec l’aide d’un journaliste de La Croix, l’abbé Pierre lance un appel déchirant : « Mes amis, au secours, une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol... ». L’appel déclenche un raz-de-marée inattendu de bonté, de générosité, de fraternité. Les dons affluent de partout. Les enfants donnent leur argent de poche, les célébrités des millions. On croule sous les vêtements et les couvertures, qu’il faut trier, entreposer, distribuer. Les courriers pleuvent, 6 000 lettres par jour. L’abbé force les autorités à ouvrir les stations de métro désaffectées. Le Parlement, qui venait de refuser d’affecter un milliard de francs à la construction de logements d’urgence, débloque dix fois plus. Et votera deux ans plus tard la loi qui instaure la trêve hivernale.

Fort de ce succès, et bien que de manière assez chaotique au début, le mouvement Emmaüs se développe considérablement, en France et à l’étranger : 360 associations œuvrent aujourd’hui dans 37 pays. Jusqu’à la fin, l’abbé Pierre continuera inlassablement de se faire la « voix des sans voix », lancera d’autres appels, d’autres coups de gueule. « C’est extraordinaire de se mettre en colère avec tant de bonté », dira de lui Bernard Kouchner au soir de sa mort, le 22 janvier 2007. C’est que les colères d’Henri Grouès s’enracinaient dans une foi inébranlable, foi en la bonté et en la dignité humaines, foi en l’Amour.

Abbé Pierre - l’appel du 1er février 1954 (cliquez)

L’abbé Pierre, vers « le toujours de l’au-delà du temps »

L’abbé Pierre n’attendait qu’une chose depuis son enfance : la vie dans l’éternité, une vie « de plein soleil et d’eau claire ». Loin de craindre la mort, il attendait avec impatience la rencontre avec Dieu. Ses combats très concrets se sont toujours enracinés dans une dimension spirituelle forte, presque mystique.

« Ah ! Les cloches de Pâques !/Mourir en un matin de cloches,/mourir en l’un de ces matins/où la terre entière avoue/tout ce que l’Amour contient... » C’est à Assise, à l’âge de quinze ans, que le jeune Henri Grouès écrit ces mots, au son des cloches de toute la ville qui se sont mises à carillonner ce matin-là. La mort, il la désire depuis qu’il a neuf ans. Un jour, il demande instamment à la Vierge de venir le chercher. En vain. De déception, l’enfant passe la nuit suivante à pleurer. « Ce n’est pas quelque chose de morbide. C’est la soif de plein soleil et d’eau claire » (1), expliquera-t-il.

À 11 ans, il perd son grand-père maternel, qu’il aimait beaucoup. Il ne comprend pas pourquoi l’on pleure autour de lui : « Pourquoi faites-vous tous cette tête-là, puisqu’il est chez le Bon Dieu ? » « Ni pour mon père, ni pour ma mère, ni pour Mademoiselle Coutaz, je n’ai versé une larme », écrit-il. « Les morts dont j’ai été témoin m’ont toujours paru être un moment d’accomplissement : celui où Dieu cueillait sa fleur. » (2)

Il lui faudra pourtant attendre longtemps l’instant d’être cueilli. Ni la maladie, fréquente, ni les risques pris pendant la guerre, ni même le naufrage du cargo qui l’emmène en Argentine en 1963, ne parviendront à l’emporter. En attendant les sauveteurs cette nuit-là, de longues heures durant, l’abbé Pierre est persuadé qu’il va mourir : « une paix d’enfant me venait, en même temps que l’engourdissement dans l’eau glacée. » (3) « Je me suis abandonné comme un enfant, avec une sérénité extraordinaire, l’âme remplie par une pensée unique : quand on a mis sa main dans la main des pauvres, on trouve la main de Dieu dans son autre main. Depuis ce jour, je sais que la mort est un rendez-vous longtemps retardé avec un ami. L’attente comblée. » (4) C’est le 22 janvier 2007, à l’âge de 95 ans, que l’abbé, enfin, obtiendra ce rendez-vous tant attendu.

EMMAÜS - Vie du fondateur, l’Abbé Pierre (cliquez)

♦ Du 25 au 31 mars : le père Pierre Ceyrac (1914-2012) : un homme d’une inlassable bonté au service des intouchables.

Sortir de chez soi

Né dans une famille de la grande bourgeoisie corrézienne, Pierre Ceyrac a puisé dans l’amour et la foi, reçus dans son enfance, la sécurité nécessaire pour mûrir une vocation missionnaire et s’aventurer en Inde.

Le Père Pierre Ceyrac à Madras en 1988.
Pudique, Pierre Ceyrac a très peu parlé de son enfance si ce n’est pour dire le bonheur qu’elle fut. Né le 4 février 1914 à Meyssac en Corrèze, il est le deuxième enfant d’une famille de six. Son père, Paul Ceyrac, est notaire comme l’étaient son père et son grand-père. Sa mère, Suzanne Murat de Montaï, est originaire du Lot. « C’est à eux que je dois tout, ainsi qu’au cercle familial dans lequel j’ai grandi et qui m’a « façonné », qui m’a donné mes premières manières d’être et de penser », écrit-il en 2000 (1). Pierre et ses frères et sœur grandissent dans le milieu protégé de la grande bourgeoisie de province entre leur maison et les maisons de famille où ils passent des vacances joyeuses avec leurs cousins et cinq tantes religieuses : La Serre, la propriété des Ceyrac entre Meyssac et Collonges-La-Rouge, et Assier, la maison natale de leur maman. Dans ce climat uni, tendre, et profondément croyant, le jeune Pierre fait très tôt l’expérience d’un Dieu à l’amour inconditionnel. « C’est de famille, commente-t-il dans un article du Figaro Madame du 18 décembre 2004. Il y a une chose dont je n’ai jamais douté, que je sais depuis mon enfance, d’une façon incroyablement forte, c’est que Dieu m’aime, qu’il nous aime tous, comme nous sommes. »

Quelle réponse Pierre va-t-il donner à cet amour ? À 8 ans, dans une rédaction, il raconte comment il se voit plus tard sauver quelqu’un de la noyade ! Adolescent, élève au collège jésuite de Sarlat, il entend parler de saint François Xavier, « l’apôtre des Indes », compagnon de saint Ignace de Loyola. Et à 15-16 ans, il sait qu’il souhaite devenir missionnaire en Inde comme son oncle Charles, le frère de son père, dont des nouvelles arrivent par lettres. « Je me suis dit qu’il faudrait un jour le remplacer », témoigne-t-il devant sa tombe dans un film de 2006 (2). C’est aussi simple que cela ! Une fois bachelier, en octobre 1931, il décide donc d’entrer dans la Compagnie de Jésus. Pour éprouver sa vocation, son père qui souhaite le voir entrer à l’École Centrale, l’emmène une semaine en tête-à-tête à Paris. Au programme : théâtres, concerts, musées… Mais le jeune Pierre confirme son choix de devenir religieux et prêtre avec l’Inde pour promesse. Celle-ci devient réalité en 1937 quand il embarque pour l’Asie après avoir dit au revoir à son père dans l’église de Meyssac. Il ne le reverra pas. « Pour avoir une grande vie, pour avoir une vie qui a de la valeur, il faut sortir de chez soi. Si on reste enfermé dans sa maison, la vie n’est jamais une aventure, un combat. Il faut un jour partir, avoir le courage de partir » (3).

« On ne passe qu’une fois le chemin de la vie »
Dans la symphonie du monde, chacun de nous n’est qu’une note, mais une note unique. Si cette note n’était pas là, la symphonie ne serait pas la même, il lui manquerait quelque chose.

Chaque personne est ainsi une histoire sacrée, je dirais même un mystère. De même que chaque homme porte sa propre note, chaque homme trace un chemin unique, différent des autres. La vie est une grande aventure, une marche vers un point, vers un Autre. D’où l’importance incroyable de chaque seconde. Chaque moment a une valeur absolument éternelle. Chaque moment est lourd de sens, c’est de l’or qu’il nous faut engranger. On ne passe ainsi qu’une fois le chemin de la vie. On bâtit à chaque seconde, dans le temps, notre physionomie éternelle : nous serons pour toujours ce que nous faisons aujourd’hui. Chaque moment est pour toujours. Poids et fidélité de chaque instant…

Apprendre l’Inde : l’expérience d’une renaissance

En 1937, Pierre Ceyrac débarque à Madras, son rêve de l’Inde au cœur. Quinze ans d’études vont l’introduire dans une culture totalement autre que la sienne. Pour devenir missionnaire, il lui faut « quitter le vieil homme », se déplanter et se replanter dans une autre terre, pour toujours.

Le Père Pierre Ceyrac à Madras en 1988.
Octobre 1937. Dans le port de Marseille, Pierre Ceyrac embarque sur le Sphinx pour un mois de traversée jusqu’en Inde. Il a 23 ans, au cœur l’enthousiasme de saint François Xavier et le magis (davantage) de saint Ignace de Loyola : « Une marche à l’Étoile ! C’est bien ça le sens profond de nos vies… Une marche, une aventure qui ne s’arrête jamais… toujours plus avant, toujours plus vers le grand large. » (1) Dans sa valise, le scolastique a emporté les Pensées de Pascal, et des textes de Teilhard de Chardin. Il sort de six années de formation. Il va étudier encore quinze ans les cultures, les langues et les religions. Il lui faut franchir l’énorme fossé culturel qui le sépare de l’Inde, entrer dans une culture totalement différente dans laquelle il n’a aucun repère et se trouve « perdu comme un enfant ». Pendant ces années d’acculturation, il apprend avec passion le sanskrit et le tamoul – il est ainsi le premier Européen licencié en sanskrit et en tamoul de l’université de Madras. Il parle également l’hindi et l’anglais ; cinq langues au total ! Il étudie la philosophie à Shembaganur, dans le sud du pays, puis la théologie à Kurseong, dans le nord, au pied de l’Himalaya. C’est là qu’il est ordonné prêtre le 21 novembre 1945, face à l’Everest, un jour de « brouillard » où il se sent triste et seul. Il est vrai que sa famille est loin. Toute sa vie, il ressentira comme la plus grande souffrance des missionnaires, « ni la chaleur, ni les privations matérielles, ni l’inconfort des pauvres maisons de brousse. Mais la solitude !… Seuls, loin de toute compagnie, ayant les plus grandes difficultés à jamais franchir complètement le « gap » (fossé) culturel, en dépit de tous leurs efforts d’inculturation, d’études des langues et des cultures. » (2)

Parmi les figures de missionnaires auxquelles il pense, il y a bien sûr son oncle Charles, jésuite, curé enfoui dans un village et qui l’a accueilli à son arrivée, mais surtout le père Jules Monchanin. Arrivé en Inde en 1939, cet intellectuel brillant, amoureux de l’Inde, fondera en 1950 avec un bénédictin de Kergonan, le père Henri Le Saux, l’ashram de Shantivanam. Le père Monchanin suggère à Pierre Ceyrac de prendre comme devise de vie missionnaire une parole du livre de Ruth : « Partout où vous irez, j’irai. Là où vous vivrez, je vivrai aussi ; votre peuple sera mon peuple et votre Dieu, mon Dieu… » Pour ces hommes, la vocation missionnaire constitue une sorte de Pâque, « une renaissance, une réincarnation » : « De la même manière que le Christ s’est vidé de lui-même pour devenir l’un de nous à jamais, ainsi le missionnaire a à renaître, pour devenir éternellement un avec son peuple. » (3)

(1) Pierre Ceyrac ou la grâce d’aimer, par Anne-Sophie Constant, Albin Michel, 2020, p. 29
(2) Père Ceyrac, Tout ce qui n’est pas donné est perdu !, DDB 2000, pp. 92-93
(3) Père Ceyrac, Tout ce qui n’est pas donné est perdu !, DDB 2000, p. 37

"I can love" du réalisateur Eric Grinda (cliquez)

Accomplir la justice par amour

Nommé aumônier national des étudiants catholiques d’Inde, le père Ceyrac va mettre l’Inde en chantier et travailler à abolir les frontières entre les castes.

Le père Pierre Ceyrac à Madras en 1988
On le destinait à être professeur de sanskrit, mais le père Ceyrac rate un examen de théologie. Qu’à cela ne tienne, en 1953, il est nommé aumônier national des étudiants catholiques d’Inde et s’installe au Loyola College de Madras qui devient pour toujours son port d’attache. « C’est là que ma vie a commencé, témoigne-t-il en 2004. Je dis toujours à mes étudiants quand ils ratent leurs examens : cet échec, c’est sans doute justement ce dont tu avais besoin. Nos échecs, nos bêtises, nos souffrances, c’est peut-être le plus beau cadeau que Dieu nous fait. « Umbra lux Dei », disait saint Bernard. L’ombre est la lumière de Dieu sur nous comme celle du soleil sur un cadran solaire. » (1)

Le voici qui sillonne le pays à moto, en bus, en train pour rencontrer les étudiants des 86 universités implantées par les jésuites en Inde et bâtir un mouvement, l’AICUF (All India Catholic University Federation), qui rassemblera plus de 80 000 jeunes. On le connaissait intellectuel, on le découvre actif et meneur d’hommes ! En 1957, il lance son premier chantier : 80 étudiants de toutes religions et castes construisent une route de trois kilomètres pour relier un village sans eau ni électricité à la ville de Pondichéry. Puis ils bâtissent un quartier à Madras avec des personnes à la rue. En 1967, à la suite d’une grande famine dans le Bihar, Pierre Ceyrac a l’idée de la ferme pilote de Manamadurai, un projet de développement durable avant l’heure qui fera vivre plus de 250 000 personnes à la fin des années 1970. De là, sera lancée l’opération « Mille puits » en 1975 pour fournir en eau potable des villages du sud. Dans son action, une constante : travailler avec les pauvres, manger avec eux… Mêler les futures élites du pays aux dalits (« les écrasés ») et aux intouchables, et ainsi « pilonner » doucement le système des castes. En cela, il « a une dimension politique, commente le jésuite Maurice Joyeux (Le Point, 7 mai 2002). Il fait partie de la génération qui a vu l’Inde accéder à l’indépendance. Dans ce sens-là, il est un « non-aligné ». »

Il est surtout un missionnaire pour qui, sans le combat pour la justice et les pauvres, la foi est stérile ! Dès 1967, des étudiants étrangers, français notamment, se joignent aux chantiers. À tous, Father Ceyrac dit : « Nous sommes des hommes, des femmes pour les autres. (…) la seule tristesse, la seule tristesse, c’est de ne pas aimer. Lorsqu’on aime, on n’est jamais triste. La seule tristesse, c’est de ne pas aimer. Et aimer, c’est toujours le don de soi-même aux autres, pas forcément le don des choses que l’on a mais le don total. » (2) Pour lui, ce don total est exprimé dans une phrase en sanskrit inscrite dans le livre d’or d’une léproserie : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu. » Après quinze ans au poste d’aumônier des étudiants, Pierre Ceyrac choisit d’aller vivre avec les pauvres.

Pierre Ceyrac, prophète en Inde (cliquez)

Le Darshan, c’est le visage du pauvre

Toute sa vie, le Père Ceyrac a cherché le visage du Seigneur. En Inde, il a trouvé la beauté de Dieu dans le regard des pauvres qu’il a approchés avec un infini respect.

Le père Pierre Ceyrac à Madras en 1988.
Pierre Ceyrac est venu en Inde pour chercher le visage du Seigneur. Il va le trouver dans le regard des pauvres. Et cette vision est pour lui une vision de beauté. Il n’a de cesse d’inviter ceux qui viennent le voir à recevoir cette beauté de l’Inde dans ses paysages, sa culture, ses habitants. La religion hindouiste a davantage le sens de Dieu, explique-t-il. Le grand désir de l’Inde, c’est la vision de Dieu - le Darshan en hindou. Dans la culture indienne, l’important est ce qui ne se voit pas, l’invisible, la transcendance : tout y est symbole, signe de la présence de Dieu. C’est pourquoi l’Inde peut nous aider à mieux comprendre l’Esprit, l’Atma, le reflet de l’immense beauté de Dieu en nous. Mais le christianisme a davantage le sens de l’homme. « Pour l’hindou, la matière, l’espace et le temps sont des illusions cosmiques dont il faut sortir. La personne elle-même est une illusion, souligne-t-il. […] Résultat : sur les trottoirs de Calcutta ou de Madras, seuls les chrétiens s’arrêtent pour aider l’homme, la femme ou l’enfant qui meurent. L’hindou, lui, ne s’arrête pas instinctivement. Il considère que cette personne vit son karma et qu’elle renaîtra autrement. » (1)

Imprégné du mystère de l’Inde, en quête de cette beauté, cet amour, cette lumière, et guidé par la parole de l’Évangile « Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites » (Matthieu, chapitre 25), le jésuite va à la rencontre des plus pauvres dans les bidonvilles et les campagnes les plus reculées. Il faut, dit-il, les approcher avec « un respect presque religieux, beaucoup d’humilité et d’amour ». Alors seulement on peut comprendre le grand message de l’Inde, celui que lui ont transmis le Mahatma Gandhi et Mère Teresa : « L’être est plus grand que l’avoir. »

Lui-même s’est laissé dépouiller. Détaché de son apparence, le bon père a abandonné la soutane blanche élégante du missionnaire pour un éternel pantalon de toile et polo, des baskets aux pieds. Son seul bien est son bréviaire. Avant de sortir, il emplit ses poches de bonbons et d’argent. « Ne jamais refuser. Toujours donner, donner et donner avec un grand respect. Toucher, il faut toucher la personne à qui l’on donne, surtout si c’est un lépreux ou un « intouchable » » (2) Dans le documentaire Father India (CFRT, 2006), on le voit ainsi prendre avec tendresse les mains atrophiées d’une femme lépreuse, s’émerveiller de son regard. Contemplatif dans l’action, il est convaincu que « l’on saccage un pays si on en fait un pays de consommation » et que la solution viendra des pauvres pour notre monde riche et malade. « Les problèmes du monde sont une affaire de manque d’amour et de partage, confie-t-il à La Croix (1er décembre 2003). Il nous faudra bien comprendre un jour qu’il nous faut partager ! »

Le Darshan, c’est le visage du pauvre (cliquez)

(1) La Vie, 27 janvier 2000.
(2) Père Ceyrac, Tout ce qui n’est pas donné est perdu !, DDB 2000, p.73

« La blessure de la frontière », dans les camps avec les réfugiés

En 1980, Pierre Ceyrac part en mission en Thaïlande dans des camps de réfugiés cambodgiens et vietnamiens. Il restera profondément marqué par cette expérience qui le relie à la Passion du Christ.

Le père Pierre Ceyrac à Madras en 1988.
En 1980, Pierre Ceyrac a 65 ans. La Caritas de Thaïlande est débordée par l’afflux de réfugiés qui fuient le Cambodge après l’arrivée des Vietnamiens et l’ouverture des « camps de la mort » abandonnés par les Khmers rouges. Sur une proposition du provincial des Jésuites, le missionnaire part à la tête d’une équipe de onze personnes pour une mission humanitaire de six mois. Il va rester quatorze ans dans les camps avec 250 000 réfugiés cambodgiens et vietnamiens, retenus derrière des barbelés sous la surveillance d’hommes armés. « Si un enfant traversait les barbelés, on lui tirait dessus !, raconte-t-il en 1998. C’est là que j’ai pu mettre en application ce que l’Inde et Gandhi m’avaient enseigné : « Il est plus important d’aimer que de faire. » Chaque jour, lorsque je parcourais les quatre-vingts kilomètres qui séparaient le camp de notre base, que je passais les sept barrages de l’armée, je me redisais cette phrase de saint Jean de la Croix : « Tout mon exercice est d’aimer. » » (1)

Dans les camps, le père Ceyrac partage l’angoisse des « plus pauvres des plus pauvres »…, celle d’un peuple « complètement déboussolé qui est dans la Ténèbre, un tunnel. » (2) Il fait l’expérience de son impuissance et, quand une personne de passage lui demande ce qu’il fait là, il répond qu’il ne fait rien, que l’important c’est d’être présent. En réalité, pendant ces années, il va se battre pour le droit à l’éducation des réfugiés et créer des collèges techniques, des lycées, et même une université. Mais il restera profondément marqué par cette « blessure de la frontière » où les réfugiés vivent « l’agonie de Jésus-Christ ». Il évoque ainsi une Semaine sainte sous les bombardements de l’armée vietnamienne : « Le Seigneur était crucifié dans les camps. Les maisons avaient été brûlées, les gens blessés. Ils fuyaient dans les montagnes en feu. Alors on en prend conscience : c’est la Passion du Seigneur. Le cri vers le Seigneur : C’est lui. (…) Je n’ai jamais eu d’expérience mystique du Seigneur mais cette expérience quotidienne du Seigneur dans son corps est très impressionnante, vous savez. » (3)

Lui, le non-violent, éprouve que « trop, c’est trop » ! « Je me souviens de ces hommes qui essayaient d’émigrer et qui venaient me voir les larmes aux yeux en disant : « J’ai encore été rejeté », témoigne-t-il encore en 1998. L’un d’entre eux s’est pendu ; au pied de l’arbre, il avait laissé une lettre : « J’ai été rejeté par tous les pays, il ne me reste qu’un seul pays, celui de la mort »… Parfois je suis tellement en colère. Il faut que la France reste une terre d’asile. […] Si l’on ne peut pas tout faire, on peut faire davantage… et surtout ne pas séparer les familles. » (4) Et de rappeler la suite de Matthieu 25 : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » En 1993, le père Ceyrac assiste au départ du dernier car de réfugiés. En pleurs, il les salue de la main.

Un Noël avec des enfants réfugiés cambodgiens (1981) (cliquez)

(1) et (4) L’Actualité religieuse n° 166, 15 mai 1998
(2) et (3) Cité dans Pierre Ceyrac ou la grâce d’aimer, par Anne-Sophie Constant, Albin Michel, 2020, p. 146-151

♦ Du 1er au 7 avril : le père Jean Rodhain (1900-1977), fondateur du Secours catholique : le théologien de la charité.
♦ Du 8 au 12 avril : Cinq œuvres d’art méditées pour la semaine sainte.

A bientôt !


La scène de la « Transfiguration » du Seigneur est placée peu avant la montée de Jésus vers Jérusalem, la ville de sa Passion. Il faut bien en effet la lumière de la Transfiguration pour aborder les durs récits de la Passion.


La Transfiguration de Fra Angelico (cliquez)


Pour découvrir le mot-clé de ce dimanche .... (cliquez)

1er dimanche de Carême : "Jésus tu es mon roc "











Le Service Famille et le Service Catéchèse vous proposent des temps à vivre en famille à l’occasion des cinq dimanches de Carême 2020.
Chaque fiche propose trois temps à articuler entre échanges, propositions et prières...
Les propositions faites cette année invitent les familles à se mettre en route sur les chemins de l’écologie. Il est bon de nous rappeler les 3 piliers de l’encyclique Laudato Si’ : tout est lié, tout est donné, tout est fragile.
A chacun de prendre soin de ses relations avec les autres, dans sa propre famille, avec ceux qui l’entourent et avec le monde entier.
Tous les âges pourront s’y retrouver !

1er dimanche de Carême, le 1er mars 2020 (cliquez)
2ème dimanche de Carême, le 8 mars 2020 (cliquez)
3ème dimanche de Carême, le 15 mars 2020 (cliquez)
4ème dimanche de Carême, le 22 mars 2020 (cliquez)
5ème dimanche de Carême, le 29 mars 2020 (cliquez)


Propositions de chants pour le temps du Carême : ANNÉE A

Les chants proposés ici ont été choisis pour la qualité de leur texte et de leur musique. Il convient toujours d’équilibrer les nouveautés proposées pour chanter et le répertoire déjà connu de la paroisse.

La référence "CNA" correspond au manuel « Chants notés de l’assemblée. »

Quelques idées pour les liturgies de Carême :
Nous pouvons opter pour un chant phare, chant qui sera repris tout au long du Carême avec des couplets différents en fonction de la liturgie

Rends nous la joie de ton salut G268
Vivons en enfants de Lumière G14-57
Vous tous qui peinez sous le fardeau (Frère Jean-Baptiste)
Au désert avec toi Jésus Christ G52-81
Quelques ordinaires qui paraissent adaptés à ce temps liturgique bien particulier ( on ne chante pas le Gloire à Dieu, ni l’Alléluia)

Messe de l’Ermitage
Messe de Daniel
Messe de la Miséricorde AL50-64
Messe de Saint François Xavier , Communauté du Chemin Neuf
On peut prendre une préparation pénitentielle plus développée en l’absence de Gloria.

Pour le mercredi des Cendres
Entrée :
Changez vos cœurs GA 162 T et M : J.-P. Lécot (CNA 415)
Avec toi nous irons au désert GP229 T : J.-P Servel - M : J. Gelineau (CNA 414)
Au désert avec toi G52-81
Imposition des cendres :
Puisque tu fais miséricorde Z 129-15
Pitié, Seigneur G 248
Nous vous en supplions au nom du Christ GX 23 / SYLK 23 T : Anonyme – M : A. Gouzes
Revenez à moi de tout votre cœur GX 94 (SYL K 94)
O Dieu saint, o Dieu fort GX 834
Communion :
Tu fais ta demeure en nous D56-49
Changez vos cœurs G162
Envoi : Silence

Premier dimanche de Carême
Entrée
Avec toi nous irons au désert GP229
Au désert avec toi Jésus Christ G 52-81
Communion
Prenez et mangez D52-67
Pain donné pour notre vie D 19-15
Changez vos cœurs
Pour que l’homme soir un fils G 279-1 T
Envoi : Orgue

Deuxième dimanche de Carême
Entrée
Lumière des hommes nous marchons vers toi G128-2
Louange à toi, Jésus Transfiguré GX 220
Communion
Voici le corps et le sang du Seigneur D44-80
En marchant vers toi Seigneur D 380
Action de grâce
Pour que l’homme soit un fils GP297-1
T’approcher Seigneur G 22-68-6 •
Comme une biche qui désire l’eau vive
Envoi : musique ou orgue
Vivons en enfants de lumière

Troisième dimanche de Carême
Entrée
Vous tous qui peinez sous le fardeau, frère Jean-Baptiste du Jonchay
Rends nous la joie de ton salut
Communion
Pain donné pour notre vie D 19-75
Venez, approchons-nous IEV19-19
La sagesse a dressé une table D580
Venez vous abreuver à la source cachée T : E. Stein - M : Fr. J.-B. de la Sainte Famille Editions du Carmel
Envoi
Peuple de l’Alliance G 244 (CNA 425)

Quatrième dimanche de Carême - Laetare
Entrée
Rends-nous la joie de ton salut G 268
Puisque tu fais miséricorde Z 44-71
Tourner les yeux vers le Seigneur A 243 T : C. Guerret-Fourneau
Communion
Dieu nous invite à son festin IEV 12-10
En marchant vers toi Seigneur D 280
Laissons-nous transformer N 47-99 T : Bénédictines du Sacré Cœur de Montmartre – M : G. F. Dainville
La Sagesse a dressé une table D 580 (Cna 332) T : AELF / D. Bourgeois / J.-P. Revel – M : A. Gouzes
Envoi : orgue ou silence
Vivons en enfants de lumière G14-57-1 (couplets 5 et 6)

Cinquième dimanche de Carême
Entrée
A ce monde que tu fais RT 146-1 T : D. Rimaud – M : J. Berthier (CNA 526)
Communion et /ou Action de grâce
Grain de blé GX 510 Communauté du Chemin Neuf
C’est toi Seigneur le pain rompu D293
Devenez ce que vous reçevez D68-39
Envoi
Peuple de l’Alliance G 244 T


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